Familiarisez-vous avec le travail du capitaine Bill Noon sur le NGCC Sir Wilfrid Laurier lors de l'expédition du détroit de Victoria


Le capitaine Bill Noon s'adresse aux habitants du hameau Gjoa Haven.
(Photo : Theresa Nichols, Pêches et Océans Canada)

Question:

Veuillez décrire le moment où vous avez découvert que le navire trouvé était le Navire de sa Majesté Erebus.

Réponse:

L'équipe d'archéologie de Parcs Canada et l'archéologue du gouvernement du Nunavut m'ont demandé de me présenter à ma cabine. Ils attendaient dans ma cabine et ont fermé la porte derrière moi, ce que j'ai trouvé très bizarre.  Je ne savais pas ce qui se passait, car je ne pouvais lire aucune expression sur leurs visages. J'ai vraiment cru qu'il y avait eu un problème.  Nous nous sommes assis et ils m'ont dit qu'ils avaient trouvé l'un des navires de l'expédition! Il s'agit de l'un de ces moments dont je me souviendrai à tout jamais. J'ai toujours été un étudiant passionné d'histoire navale, je suis donc devenu très enthousiaste lorsque j'ai réalisé l'importance de la découverte. Cet instant était plein d'émotion pour nous tous. C'est devenu très vite un moment de joie, car cette équipe avait été si dévouée et passionnée, et elle avait travaillé si durement pour en arriver là. Cela semblait tellement mérité. En tant qu'archéologue principal de Parcs Canada, Ryan Harris a déclaré que lorsqu'il a vu pour la première fois l'image numérisée du premier flan de l'épave, « c'était comme gagner la Coupe Stanley ». Lorsque j'ai vu la même image de l'épave défiler sur mon écran, j'ai eu le même sentiment de victoire!

Du point de vue de capitaine, y a-t-il eu des obstacles imprévus lors de l'expédition du détroit de Victoria et de la découverte du NSM Erebus?

Réponse:

La glace et les conditions météorologiques dictent toujours la façon dont nous menons nos opérations dans l'Arctique et cette saison n'a pas fait exception. Cette année, l'état des glaces est revenu à des conditions plus « normales » que nous avions l'habitude de connaître il n'y a pas si longtemps, quand la glace occupait des régions du détroit de Victoria. Le retour de la glace dans la zone de recherche nord a changé l'ensemble de la stratégie de recherche, et nous avons été contraints de nous focaliser sur la zone sud à la place. Même si la zone de recherche sud ne faisait pas partie de notre plan initial, nous avons profité d'une très longue période de vents calmes, d'eaux paisibles et de bonne visibilité, ce qui a permis de faire des recherches très productives.  L'un des plus grands défis pour nous a été d'équilibrer l'ensemble de nos priorités en dehors des activités de recherche. En fait, notre travail dans la sécurité maritime a préséance sur les activités de recherche, nous avons donc dû brusquement modifier nos activités à plusieurs reprises. Au cours de la période de recherche, nous avons également assuré l'escorte de navires commerciaux dans les glaces pour permettre aux cargaisons de progresser dans les eaux jusqu'aux collectivités, et nous avons effectué plusieurs missions de recherche et sauvetage.  En fin de compte, nous n'avons jamais ralenti tout au long de l'expédition.

Quelles sont les principales différences entre l'expédition de cette année et celles des dernières années?

Réponse:

La glace était le facteur important cette année.  Depuis 2008, nous avons été chanceux, car cette zone a été en grande partie libre de glace, ce qui facilite les recherches. Toutefois, les conditions météorologiques ont toujours été un obstacle. Il était évident au début de la saison que le plan de recherche dans le nord du détroit de Victoria serait difficile à exécuter, et que nous devrions plutôt passer au plan de recherche dans la baie de la Reine-Maud (zone sud).  Nous avons également été extrêmement occupés cette année en raison de l'ajout d'un plus grand nombre d'éléments à la recherche : nous avons accueilli trois embarcations pour levés hydrographiques (le VHC Kinglett et le VHC Gannet du Service hydrographique du Canada et l'Investigator de Parcs Canada), installé un sondeur multifaisceau du SHC à bord du NGCC Sir Wilfrid Laurier, et réservé l'hélicoptère pour voler chaque jour lorsque les conditions le permettaient. Ajoutez à cela notre propre travail, et ceci signifie que notre navire avait la capacité de fonctionner 24 heures sur 24.  Chaque couchette sur le navire était prise en compte, et les membres de notre équipage travaillaient pendant de longues heures en plus de leurs quarts habituels de 12 heures. La coordination quotidienne avec les divers programmes à bord – Parcs Canada, le Service hydrographique du Canada et le gouvernement du Nunavut – a été cruciale pour maximiser la productivité en tenant compte de la capacité de nos membres d'équipage.  Nous avons également dû coordonner nos efforts avec les partenaires sur d'autres navires d'expédition, y compris le Martin Bergmann et le One Ocean Voyager. En raison du peu d'heures d'ensoleillement et des conditions météorologiques très variables, il était nécessaire de maintenir un niveau élevé de flexibilité en tout temps pour atteindre nos objectifs.

En fin de compte, le programme a été exécuté d'une manière très semblable à celle des années précédentes, mais avec davantage de ressources et une découverte historique majeure à la fin.  Cette année, la réussite a tout changé. Après avoir confirmé la découverte du navire, l'équipe à partenaires multiples est devenue encore plus dynamique afin de s'adapter aux nouvelles demandes et pressions.  Les nouveaux objectifs clés, en grande partie logistiques, comprenaient le besoin de confirmer la découverte du navire en envoyant en toute sécurité des plongeurs et de l'équipement vers le site du navire à un moment où la saison arctique prenait fin rapidement.  Une fois que ces activités furent effectuées, la saison des travaux a pris fin et l'hiver est de nouveau arrivé dans l'Arctique.

Quels sont certains des faits saillants de votre carrière au sein de la Garde côtière canadienne?

Réponse:

J'ai eu la chance de servir sur un certain nombre de navires qui ont soutenu de nombreux programmes différents au cours de mes 33 années de carrière au sein de la Garde côtière canadienne, que ce soit des petits garde-côtes ou le brise-glace NGCC Sir Wilfrid Laurier de 83 m à bord duquel je suis actuellement. Ce travail est une aventure sans fin et j'aime vraiment les gens qui font partie de nos propres équipages, les experts de nombreux programmes qui viennent à bord et les personnes des collectivités que nous visitons.  Chaque année, se joignent à nous des équipes d'experts en sciences, en hydrographie, en archéologie, en géographie et bien plus, ce qui fait que chaque voyage est unique, instructif et passionnant. Il est difficile de choisir un seul fait saillant; cela dit, faire partie de l'équipe qui a découvert le NSM Erebus et participé à la célébration commune avec la collectivité de Gjoa Haven sera difficile à surpasser.


LE CAPITAINE WILLIAM NOON, du NGCC Sir Wilfrid Laurier, né à West Vancouver, en Colombie-Britannique, est entré dans la Garde côtière canadienne en 1981. Le capitaine Noon a servi en tant que marin, puis en tant que patron d'embarcation de sauvetage à Bull Harbour, à Powell River et à Ganges, en Colombie-Britannique. En 1984, il a suivi le Motor Lifeboat Surf Course de la garde côtière américaine à Cape Disappointment, dans l'État de Washington, ainsi que le cours pour patrons d'embarcation de sauvetage de la GCC à Cornwall, en Ontario.

Après avoir obtenu un certificat de quart à la passerelle, la capitaine Noon a servi en tant qu'officier de navigation à bord de nombreux navires, dont le NGCC Martha L Black, le NGCC Narwal, le NGCC Sir James Douglas, le NGCC Sir Wilfrid Laurier et le NGCC Bartlett dans les eaux côtières britanno-colombiennes, et le NGCC Sir Wilfrid Laurier et le NGCC Arctic Ivik dans l'Arctique canadien.

Le capitaine Noon a été maître du NGCC Arctic Ivik pour la première fois en 1995 et il a été nommé maître du baliseur NGCC Bartlett en 1997. Il commandé les navires de recherches océanographiques NGCC Ricker et NGCC John P Tully l'un après l'autre, lors de missions océanographiques et de recherche et sauvetage au large.

Le capitaine Noon était surintendant du Centre des opérations régionales (Pacifique) entre 2000 et 2002, et par la suite, il a eu le commandement du NGCC John P Tully à nouveau, de 2003 à 2009. Il a été nommé maître du NGCC Sir Wilfrid Laurier en 2010.

Le capitaine Noon a étudié au Pacific Maritime Technology Institute, au Camosun College, et au Collège de la Garde côtière canadienne.

Quand il n'est pas en mer, une grande partie de son temps est consacrée à sa passion : le patrimoine maritime. Il est administrateur du Maritime Museum of British Columbia depuis un peu plus de 6 ans et il siège au conseil d'administration du Victoria Classic Boat Festival. Le capitaine Noon est aussi membre du Thermopylae Club of Victoria, appelé ainsi en l'honneur du fameux voilier qui faisait commerce avec la Chine. Le club a été fondé par des marins en 1932, dans le but de protéger et de préserver l'histoire navale de la côte ouest du Canada. Il passe le reste de son temps à restaurer et à manœuvrer son bateau de bois de 64 ans, Messenger III, un ancien bateau de missions côtières.

Pour lire les journaux du capitaine relatant l'expédition du détroit de Victoria, cliquez ici

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