Journaux du capitaine – derniers messages pour la SGRC 2014 - Expédition du détroit de Victoria 2014

Le capitaine Bill Noon du brise-glace Sir Wilfrid Laurier de la Garde côtière canadienne décrit les recherches.

L'Expédition du détroit de Victoria 2014estun projet canadien ambitieux qui contribuera aux recherches de Parcs Canada visant à retrouver les navires de l'expédition Franklin dans l'Arctique canadien. Le projet, qui consiste en une série de travaux distincts, réunit des organismes publics et privés dans le but de défendre les intérêts du Canada dans divers domaines prioritaires. Il s'agit d'une collaboration inédite entre des experts de l'hydrographie, de la cartographie des glaces et du littoral, de la navigation, de l'histoire maritime, de l'archéologie et de l'ingénierie océanique, qui ont tous apporté leur contribution, leur expertise et leurs technologies dans l'exploration du lit de l'océan Arctique.

L'expédition de cette année sera appuyée par un nombre record de participants et de navires : le NGCC Sir Wilfrid Laurier (Garde côtière canadienne), le NCSMKingston (Marine royale du Canada), le navire scientifique Martin Bergmann (Arctic Research Foundation) et le One Ocean Voyager (One Ocean Expeditions), ainsi que plusieurs plus petits bateaux.

Suivez ce blogue pour connaître le point de vue du capitaine Bill Noon du brise-glace NGCC Sir Wilfrid Laurier et d'autres experts à bord ainsi que pour avoir de l'information quant à l'emplacement des navires perdus de sir John Franklin, aux défis que représentent les levés dans ces eaux, au rôle essentiel des systèmes et des services assurant la sécurité de la navigation et aux innovations canadiennes en technologie maritime.

Le 16 août 2014, 21 h (HNR) :

Le capitaine Noon présente son premier rapport de l'Expédition du détroit de Victoria 2014 : Commentaires d'introduction sur le rôle de la Garde côtière canadienne dans la zone de recherche
Capitaine Bill Noon

Notre participation à l'Expédition du détroit de Victoria devra attendre encore environ une semaine, mais l'équipage du NGCC Sir Wilfrid Laurier est déjà à pied d'œuvre dans le cadre de notre programme de travaux estivaux dans l'Arctique, qui a lieu chaque année.

Un nouvel équipage est monté à bord le 12 août à Kugluktuk. L'équipage précédent, qui a bien mérité son vol de retour vers Victoria après avoir quitté le port il y a près de six semaines et avoir parcouru 5 072 milles marins, a apporté son soutien aux scientifiques qui sont montés à bord à Dutch Harbour (Alaska) pour mener des travaux océanographiques dans la mer de Bering et la mer des Tchouktches.

Nous avons aperçu la glace de mer pour la première fois durant cette portion du voyage le 21 juillet près de Wainwright (Alaska) et ensuite le long du versant nord de l'Alaska. Une fois leurs travaux terminés, les scientifiques sont débarqués à Barrow (Alaska).  Cet équipage a également assuré des services plus habituels, comme le déglaçage et l'escorte d'un navire canadien dans la mer de Beaufort. Une fois dans les eaux canadiennes, le Laurier a effectué l'entretien de 56 aides à la navigation qui contribuent directement à la navigation sécuritaire dans les eaux de l'Arctique.

Le 6 août, six employés du Service hydrographique du Canada (qui fait partie de Pêches et Océans Canada) sont montés à bord afin de réaliser des travaux. Il est fréquent que nous travaillions étroitement avec ces spécialistes des levés et des cartes puisque, tout comme nous, la sécurité maritime fait également partie de leur mandat. Leurs vedettes hydrographiques, le Gannet et le Kinglett (des navires spécialisés dans les levés hydrographiques et dotés d'une technologie de pointe), ont été expédiées de Victoria à bord du Laurier. Elles ont réalisé de nombreux levés dans le détroit Dolphin et Union et le golfe Coronation, et font maintenant des levés plus à l'est dans la baie de la Reine-Maud afin d'élargir la voie de circulation actuelle. Qui plus est, le Service hydrographique du Canada a doté pour la première fois le Laurier et le NCSM Kingston de la Marine royale du Canada de sonars multifaisceaux qui augmenteront notre capacité à effectuer des levés dans l'Arctique.

Après que l'équipage actuel eut terminé les exercices de sécurité, nous avons poursuivi notre route vers l'est. Nous continuons à effectuer l'entretien des aides à la navigation et mettrons en place des bouées de navigation à Cambridge Bay et dans le détroit de Simpson.

Notre équipage grossit à mesure que nous avançons vers l'est. Lors de notre arrêt à Cambridge Bay le 16 août, nous avons accueilli à bord 16 archéologues terrestres, M. Doug Stenton, Ph. D., du gouvernement du Nunavut, et M. Robert Park, Ph. D., de l'Université de Waterloo. Cet arrêt comprenait aussi un rendez-vous avec le navire Martin Bergmann de l'Arctic Research Foundation, afin de transférer les marchandises que nous avons transportées et dont son équipage aura besoin pour ses prochains travaux de recherche. Le Bergmann est également en mode préparatoire. D'autres partenaires se trouvent d'ailleurs à son bord, notamment du personnel de Parcs Canada et de la Marine royale du Canada.

Les journées calmes se font rares à bord de notre navire; nous sommes très occupés étant donné que la campagne sur le terrain est courte. Dans quelques semaines à peine, tous les navires et les partenaires de l'Expédition du détroit de Victoria seront prêts. Il y a encore pas mal de glace en ce moment dans le détroit de Victoria. D'ailleurs, l'un des chenaux près de la zone des levés est appelé le chenal des brise-glaces, un rappel pour nous tous que les travaux dans cette région présentent des difficultés qui ne doivent pas être prises à la légère. Après tout, nous sommes bel et bien dans l'Arctique.

Le 20 août 2014, 20 h (HNR) :

De nouveaux outils pour cartographier les sites archéologiques
Capitaine Bill Noon

Plus qu'une semaine d'activités normales avant que le Laurier ne soit pleinement engagé dans l'Expédition du détroit de Victoria, mais cela ne signifie pas que nous nous tournons les pouces.

Nous continuons à nous approcher du bassin St. Roch, à l'est de Cambridge Bay. Nous avons passé deux jours dans le détroit de Simpson, un chenal peu profond qui rétrécit sans cesse. Il se trouve au sud de l'île King William et comporte de nombreux tournants. Cette voie sinueuse aux petits fonds comporte son lot de défis pour les navires qui desservent les communautés de Gjoa Haven sur l'île King William, ainsi que le hameau Taloyoak, situé juste en face au nord-est de la presqu'île de Boothia. Chaque année, nous faisons l'entretien des nombreuses tours et bouées de navigation dans ce chenal ou en installons de nouvelles. Ces travaux commencent au début de la saison de navigation, c'est-à-dire au mois d'août, jusqu'à l'englacement en octobre.

Aujourd'hui, les archéologues terrestres Douglas Stenton et Robert Park ont pu profiter pleinement du ciel dégagé et de la température élevée (environ 8 oC) pour se rendre sur le rivage et effectuer leurs propres levés dans la baie Douglas sur la côte sud de l'île King William et sur la presqu'île Adelaide à un endroit appelé Starvation Cove. Cette année, leur collègue S. Brooke Milne du Centre pour les sciences d'observation de la terre de l'Université du Manitoba leur a fourni une nouvelle technologie de pointe, le lidar terrestre. Le lidar (acronyme dérivé du terme anglais « light detection and ranging ») est une technologie de télédétection récente qui mesure les dimensions et la forme d'une surface cible sur une grande zone.

Il fonctionne de façon semblable à l'écholocalisation (aussi utilisée par les chauves-souris), mais utilise des ultraviolets, des longueurs d'ondes visibles et le rayonnement infrarouge proche plutôt que des ondes sonores. Le Service hydrographique du Canada a également utilisé le lidar bathymétrique aéroporté avec beaucoup de succès dans le passé étant donné que certaines longueurs d'ondes ne peuvent pénétrer dans les eaux peu profondes pour cartographier le fond marin. L'un des principaux avantages du lidar est sa capacité à générer des cartes altimétriques 3D qui aident à mettre en évidence les caractéristiques uniques d'une surface. Ce nouvel outil permettra à Douglas et Robert de créer des cartes à haute définition des sites archéologiques.

Dans l'attente de leur retour plus tard en soirée, je fus encore une fois saisi par la différence entre les méthodes modernes et les efforts qu'ont dû déployer les premiers explorateurs européens qui ont tenté de naviguer dans l'Arctique et de cartographier cet océan. En quelques heures seulement, Douglas et Robert ont pu profiter pleinement des excellentes conditions pour effectuer leurs levés. Ils sont ensuite revenus de Starvation Cove par hélicoptère et ont pu se délecter d'un repas complet préparé par nos cuisiniers de talent. Le contraste entre les deux époques ne laisse personne indifférent.

Le 21 août, 2014, 13 h (HNR)

L'histoire de l'exploration d'un hameau dans l'Arctique
Capitaine Bill Noon

Nous sommes présentement ancrés au large du hameau de Gjoa Haven. Ce hameau revêt une grande importance historique et est l'un de mes arrêts préférés. L'explorateur norvégien Roald Amundsen y a vécu plus de deux ans (de 1903 à 1905) lors de la première traversée du passage du Nord-Ouest. Il a nommé ce port en l'honneur de son petit sloop en bois, le Gjöa. C'est également l'endroit où Amundsen et ses hommes ont rencontré une bande d'Inuits Netsilik. La relation étroite qui s'est établie entre les deux groupes a duré près de 18 mois. L'équipe d'Amundsen a ainsi pu s'immerger profondément dans l'apprentissage et le respect de la culture et du savoir nordiques. Les succès ultérieurs d'Amundsen dans le passage du Nord-Ouest ont été selon toute vraisemblance le résultat de sa capacité à intégrer ces leçons et ce savoir dans sa mission.

Ce hameau est également le berceau de l'histoire orale des Inuits, et bien des Inuits qui y habitent préservent une connaissance intime de leur communauté, de leur histoire et de leur environnement. Les membres de la communauté racontent encore les histoires des survivants de l'expédition Franklin et de leurs efforts pour trouver un refuge. Ils portent d'ailleurs un grand intérêt aux recherches.

Ces temps-ci à Gjoa Haven, la rumeur veut que la glace soit encore bien présente de l'autre côté de l'île King William, dans le secteur de nos travaux. Les plus récentes cartes et images satellites du Service canadien des glaces confirment ce que les Inuits savaient déjà. Le vent a souvent une influence aussi importante que la quantité de glaces sur le régime des glaces dans l'Arctique, et sans de forts vents du sud-est, le recul des glaces sera très lent cette saison. Les marins ne souhaitent jamais de coups de vent, mais je me permettrai peut-être une exception pour un vent du sud-est avant que nous arrivions à destination.

Le 22 août 2014, 22 h (HNR) :

Poursuite des travaux après l'obstacle de la glace de mer
Capitaine Bill Noon

Aujourd'hui, nous avons atteint le détroit de James Ross, au nord-est de l'île King William, afin d'effectuer l'entretien de nos aides à la navigation dans ce secteur. Le passage par le détroit de James Ross, ainsi que par le détroit de Simpson, permet aux navires de contourner l'île King William en évitant la glace du détroit de Victoria.

À notre arrivée à l'entrée nord du détroit de James Ross, nous avons immédiatement dû faire face à une concentration élevée de glace de mer. Les cartes des glaces du Service canadien des glaces et les images fournies par l'Agence spatiale canadienne nous indiquaient que ce secteur était principalement composé de glace de première année. Nous avons donc poursuivi notre route, et notre brise-glace n'a eu aucune difficulté à avancer. Cette séquence vidéo (voir ci-dessous) de la proue du Sir Wilfrid Laurier montre bien la glace que nous avons dû traverser pendant environ une heure. Toutefois, cette glace représente encore une difficulté importante pour les navires et les voiliers, qui opteront pour des voies plus sécuritaires dans ce secteur.

D'ailleurs, nous avons été en communication avec trois voiliers au cours des derniers jours. Ils se dirigeaient tous vers l'est par le passage du Nord-Ouest. Ces types de navires naviguaient très rarement dans ce secteur auparavant, mais ils sont de plus en plus présents depuis quelques années.

De retour dans les eaux libres, nos équipes de la Garde côtière ont pu reprendre l'entretien des aides à la navigation, et le Service hydrographique du Canada a poursuivi ses levés des fonds marins.

Bien que le temps calme et les vents faibles facilitent la navigation et les travaux hydrographiques, ils ne sont d'aucune aide pour dégager la glace de mer qui est emprisonnée le long du littoral nord et nord-est de l'île King William, y compris aux endroits ciblés pour la recherche des navires de Franklin cette année.

La bonne nouvelle est que les conditions météorologiques changent rapidement et que nous disposons encore de deux semaines pour que l'état des glaces s'améliore. Pour le moment, tout ce que nous pouvons faire, et c'est le cas pour l'ensemble des partenaires de l'Expédition du détroit de Victoria, est d'attendre de voir comment les conditions évolueront et d'être prêts à toute éventualité. Après tout, nous nous trouvons dans l'Arctique, et notre capacité à nous adapter à l'environnement sera essentielle à notre succès.

Le 23 août 2014, 16 h (HNR) :

Travaux ralentis en raison de la visibilité réduite, mais seulement pour une courte période
Capitaine Bill Noon

Au début de la journée, un épais brouillard enveloppait le navire. La visibilité réduite a contrecarré plusieurs de nos plans, qui ont dû être reportés jusqu'à ce que les conditions s'améliorent. À l'heure du dîner, le brouillard s'est dissipé et nous avons pu reprendre toutes nos activités. Le Laurier a mis en place la dernière bouée de navigation prévue dans le détroit de Simpson, et le Service hydrographique du Canada a utilisé l'hélicoptère pour se rendre à l'est du détroit dans le but d'élargir la couverture des données hydrographiques dans la région. Plusieurs membres de la Garde côtière ont effectué des travaux additionnels sur les aides à la navigation. Ils ont notamment peinturé plusieurs balises pour les rendre plus visibles, ce qui est particulièrement important lors des premières neiges.

Le 24 août 2014, 13 h (HNR) :

Un déjeuner classique pour nous aider à garder la notion du temps avant le retour au travail
Capitaine Bill Noon

On nous a servi des œufs à la bénédictine ce matin, ce qui signifie que nous sommes dimanche. Il est facile de perdre la notion du temps ici, mais cette tradition est un rituel qui nous permet de la conserver d'une délicieuse façon.

De légers vents, du temps doux et des eaux ondoyantes sont attendus. L'hélicoptère et les vedettes hydrographiques ont été dépêchés immédiatement après le déjeuner, et les conditions nous ont aidés à terminer les opérations de navigation au milieu de la journée. L'occasion est idéale pour accomplir des tâches administratives, desquelles on ne peut jamais s'échapper même si loin au large.

Le 25 août 2014, 20 h (HNR) :

La courte campagne dans l'Arctique nous force à tirer avantage de chaque occasion
Capitaine Bill Noon

Un léger brouillard nous attendait à notre réveil, mais il s'est rapidement dissipé et n'a pas vraiment nui aux opérations prévues pour la journée.

La première activité de la journée a été marquée par le départ des deux vedettes hydrographiques du Service hydrographique, le Gannet et le Kinglett, vers le chenal Requisite pour la première partie de la journée de levés. Après avoir effectué des levés pendant la majeure partie de la journée, les deux équipes sont revenues pour le souper. Elles ont fait le plein des vedettes et sont reparties vers le passage Storis. Les journées peuvent être longues pour les équipes des vedettes, qui sont dirigées par l'hydrographe Scott Youngblut et composées d'hydrographes du Service hydrographique du Canada et de capitaines de la Garde côtière. Tout comme les grandes équipes de course, elles ont besoin d'ingénieurs qui font le plein des vedettes, les inspectent et les entretiennent selon les normes les plus élevées. Depuis le 8 août, les équipes du Service hydrographique du Canada à bord du Gannet et du Kinglett, avec la contribution récente de leur sonar multifaisceau sur le Laurier, ont effectué des lignes de sondage sur plus de 2 150 kilomètres, et ce n'est pas terminé. Par contre, les campagnes sur le terrain dans l'Arctique sont très courtes et les conditions de la mer sont variables. Les équipes doivent donc tirer avantage de toutes les occasions qu'elles ont afin de maximiser la couverture des levés et d'élargir les couloirs de navigation. Jusqu'à maintenant, elles ont fait de l'excellent travail!

L'hélicoptère a décollé au milieu de l'avant-midi avec à son bord l'archéologue Douglas Stenton du Nunavut et l'anthropologue archéologique Robert Park de l'Université de Waterloo. Ils ont sondé le trait de côte de la presqu'île Adelaide, de Smith Point à Grant Point, ainsi que les rives de cinq petites îles immédiatement à l'ouest de Grant Point. Hormis le mystère de l'expédition Franklin, il y a une riche histoire autochtone ici. MM. Stenton et Park ont la ferme intention de documenter ce volet essentiel du patrimoine du Nunavut.

Au début de la soirée, le Laurier a fait face à la présence d'un peu de glace dans le passage Storis. Les vedettes Gannet et Kinglett ont contourné la glace de façon sécuritaire et nous ont rattrapés. Les équipes ont été en mesure de continuer leurs levés tout le long de leur trajet. Nous n'avions pas vu de glace dans ce secteur depuis quelques années, ce qui nous rappelle que les eaux n'ont pas toujours été libres dans ce secteur à ce moment de l'année.

Le 26 août 2014, 15 h (HNR) :

Jour de transition : un changement de conditions météorologiques, un lancement de mi-journée et un rendez-vous imminent
Capitaine Bill Noon

Les vents de 25 nœuds se sont légèrement calmés dans l'après-midi et nous avons pu poursuivre l'entretien des aides à la navigation. Un vent de cette force ne nuit pas aux opérations en hélicoptère, mais nous devons être très attentifs à l'état de la mer afin de nous assurer que les équipes des vedettes hydrographiques peuvent effectuer leurs travaux en toute sécurité. Mon équipage a construit et installé des balises toute la journée, en plus de faire l'entretien des aides à la navigation sur au moins quatre petites îles dans le secteur.

Comme l'indiquaient les prévisions météorologiques d'Environnement Canada, les vents se sont calmés dans l'après-midi. À la mi-journée, le Gannet et leKinglett ont ainsi pu continuer les levés dans le chenal Requisite. Les hydrographes ont recueilli une quantité importante de données au cours des dernières semaines. L'analyse de ces données à l'aide d'un logiciel d'information géographique spécialisé est également réalisée à bord. Les archéologues Douglas Stenton et Robert Park scruteront aussi les données récentes tirées des levés qu'ils ont effectués. Ici, tout le monde bat le fer pendant qu'il est chaud (et traite les données lorsqu'il n'y a rien d'autre à faire).

Plus tard en soirée, nous nous dirigerons vers Cambridge Bay pour faire le plein et nous réapprovisionner. Nous récupérerons aussi le reste de notre équipe, notamment des collègues de Parcs Canada qui entameront les recherches à bord du Laurier. Ce sera agréable d'accueillir de nouveau nos amis à bord. Nous avons établi une étroite relation de travail avec Parcs Canada au fil des ans et nous nous réjouissons à l'idée de passer de la phase de planification à la phase opérationnelle de l'Expédition du détroit de Victoria. Une fois qu'ils seront en sécurité à bord, nous commencerons les préparatifs pour le volet officiel des recherches. Bien que les aspects qui concernent les navires de Franklin attirent une attention bien méritée, tous les partenaires de l'Expédition du détroit de Victoria continueront de se consacrer à d'autres domaines, notamment les levés des fonds marins, les études archéologiques terrestres et les travaux d'amélioration de la navigation. Du fait que nous sommes dans l'Arctique, la météo et la glace sont imprévisibles. Nous devons donc apporter des ajustements à nos plans de recherche maritime, lesquels donneront lieu à quelques semaines fort occupées et excitantes!

Le 27 août 2014, 15 h (HNR) :

L'officier de santé du Sir Wilfrid Laurier échange avec un collègue de Cambridge Bay
Capitaine Bill Noon

Hier soir, nous sommes partis vers Cambridge Bay pour aller chercher nos collègues de Parcs Canada et aller à la rencontre du Henry Christoffersen, un remorqueur qui nous fournira du carburant. Le mazoutage a été terminé en toute sécurité au début de l'après-midi et des groupes de plage ont été constitués dans le hameau afin que les membres d'équipage puissent visiter la communauté et récupérer nos nouveaux passagers.

Notre officier de santé, Laura Schreiber, B.Sc.Inf., IA (C), a profité de l'occasion pour rencontrer une infirmière du Centre de santé de Cambridge Bay afin de discuter des différences entre les services de santé en mer et les services de santé à terre. Mme Schreiber est une infirmière hautement qualifiée et une membre essentielle de notre équipage. Elle travaille sur des navires de la Garde côtière depuis 2010, notamment le NGCC Henry Larsen et le NGCC Sir Wilfrid Laurier. Elle est toujours disponible pour traiter tout problème de santé que peuvent avoir les membres de notre équipage, mais c'est lors des missions de recherche et de sauvetage que ses compétences sont particulièrement nécessaires. Et comme c'est le cas pour toute urgence médicale, des soins de grande qualité sont toujours primordiaux. Nous sommes très chanceux de l'avoir à bord.

Le 28 août 2014, 17 h (HNR) :

Exercice d'évacuation en cas d'incendie, essai de vêtements de survie et consignes de sécurité sur l'hélicoptère au menu de l'accueil des nouveaux invités à bord du Laurier
Capitaine Bill Noon

Le ciel était couvert et gris aujourd'hui, et un vent de 20 nœuds soufflait. Si l'on se fie aux prévisions, ces conditions devraient se poursuivre demain. Bien que le vent complique le travail sur le pont, il devrait accélérer le déglacement dans le détroit de Victoria (notre zone de recherche privilégiée). Aujourd'hui, les travaux visaient les aides à la navigation à Cambridge Bay, qui est ce qui s'approche le plus d'un port dans cette région de l'Arctique. Nous nous dirigerons cette nuit vers le chenal Requisite afin d'être à proximité de notre zone de recherche demain.

La sécurité était au menu de l'accueil des nouveaux invités aujourd'hui. Ces derniers ont également participé à un exercice d'évacuation en cas d'incendie, enfilé des vêtements de survie et reçu des consignes détaillées à propos de l'hélicoptère. La sécurité en mer ne se limite pas à un exercice, et nous la prenons très au sérieux. Même si nous réalisons de nombreuses tâches, nos activités les plus importantes sont la recherche et le sauvetage. En plus des embarcations dont nous avons mentionné la présence à bord, deux canots pneumatiques de sauvetage à coque rigide, une infirmière ainsi que quatre membres d'équipage agissant à titre d'adjoints médicaux qualifiés, aussi appelés spécialistes en sauvetage, se trouvent également sur le navire.

La présentation détaillée donnée par notre pilote Andrew Stirling a été un moment fort pour bien des invités. En principe, lui et l'ingénieur d'hélicoptère Stewart Rurka sont des employés de Transports Canada, mais nous les considérons comme membres à part entière de notre famille de la Garde côtière. Andrew a plus de 30 ans d'expérience comme pilote d'hélicoptère. Il a donc une bonne connaissance des hélicoptères et des passagers. Sa présentation détaillée aborde tous les aspects de l'utilisation sécuritaire des hélicoptères, de l'équipement de vol et des protocoles d'urgence. Et en plus d'être un pilote de talent, il est l'une des personnes à bord qui a le plus grand sens de l'humour.

L'hélicoptère de la Garde côtière sur le Laurier (numéro CG362) est un hélicoptère bimoteur léger MBB 105 construit en 1985. Il a été modifié en 1987 à Fort Erie (Ontario) pour les activités de la Garde côtière. Sa capacité nominale lui permet de voler de façon sécuritaire avec un vent de 45 nœuds, et son train d'atterrissage robuste est idéal pour les opérations à partir d'un navire. Il est également bien entretenu puisque Stewart effectue toutes les inspections de routine ainsi que l'entretien planifié ou imprévu dans le hangar rétractable. L'hélicoptère est un outil essentiel pour nos travaux de navigation. Il transporte fréquemment des équipes et de l'équipement à des endroits éloignés. D'ailleurs, nous nous préparons à élinguer une tour de 9 mètres dans les prochains jours. L'hélicoptère contribue également à plusieurs autres activités du navire, notamment la reconnaissance des glaces ainsi que la recherche et le sauvetage. Dans l'ensemble, c'est un appareil utilitaire très important pour nous. En deux mots, il s'agit d'un outil essentiel dans l'Arctique, qui ne nécessite que deux personnes pour fonctionner.

Le 29 août 2014, 20 h (HNR) :

Splendides animaux et reprise de la reconnaissance hydrographique officielle
Capitaine Bill Noon

Au début de la journée, nous nous trouvions à l'entrée sud du chenal Requisite. Comme prévu, les conditions météorologiques matinales étaient pratiquement les mêmes qu'hier, c'est-à-dire un ciel couvert et du vent. Nous avons donc dû limiter nos travaux à l'entretien d'aides à la navigation tout en nous dirigeant vers le nord-est jusque dans le sud de la zone de recherche. Demain marquera le début officiel de notre participation à l'Expédition du détroit de Victoria, qui a été légèrement retardée en raison de l'état des glaces (il est clair maintenant que c'est nous qui devons composer avec la glace et non l'inverse).

Le fait saillant de la journée pour tout l'équipage a été la présence d'un ours blanc femelle et de ses deux petits sur la banquise dans le passage Storis. Nous avons immobilisé le navire à la limite de la glace pour observer la famille d'ours à plusieurs centaines de mètres. Nous avons pu les voir marcher sur la banquise et nager entre les glaces. Il est très inspirant d'apercevoir pendant un bref instant des ours blancs, des renards arctiques, des morues arctiques et d'autres animaux nordiques dans leur habitat naturel. Nous avons la chance d'avoir à bord plusieurs photographes talentueux, notamment notre treuilliste Cory Glencross, qui a pris les meilleures photos d'animaux cette semaine.

Le vent s'est calmé en après-midi et nos partenaires ont pu reprendre toutes leurs activités. Le Service hydrographique du Canada a remis à l'eau le Gannet et le Kinglett pour la reprise des levés, et les membres de Parcs Canada ont assemblé leur véhicule sous-marin autonome sur le panneau de descente en vue des essais en mer. Au début de la soirée, nous avons remonté à bord toutes les embarcations et l'équipement, puis nous avons jeté l'ancre dans la partie sud du détroit d'Alexandra.

Le Service hydrographique du Canada ayant effectué une cartographie électronique préliminaire de cette nouvelle voie en 2012, nous avons pu nous rendre plus au sud dans le détroit d'Alexandra. Avant cette cartographie, seulement deux navires avaient navigué sur cette route. L'un d'eux, le Storis, un navire de la Garde côtière des États-Unis, a laissé derrière lui une mince ligne de sondage vers 1957. En définitive, cet exploit majeur du Service hydrographique du Canada ouvre une autre voie de navigation sécuritaire entre le détroit de Victoria et le passage Storis. Il s'agit d'un autre grand pas pour nos partenaires.

Avant de terminer, j'aimerais féliciter les capitaines, les membres d'équipage et les équipes de l'expédition, notamment quelques-uns de mes amis, à bord des brise-glaces NGCC Louis S. St-Laurent et NGCC Terry Fox, pour avoir atteint le pôle Nord cette semaine. Bravo!

Stationné au Pôle nord! #LSSL#CCGArctic 
MPOTNL (@MPO_TNL) 29 août 2014

Le 30 août 2014, 23 h (HNR) :

Rencontre entre les navires de l'Expédition du détroit de Victoria pour faire le plein et se réapprovisionner
Capitaine Bill Noon

Aujourd'hui marque le début officiel de la participation du Laurier à l'Expédition du détroit de Victoria!

La journée a été consacrée aux transits, aux transferts et au tramping. Dans un premier temps, le Martin Bergmann est venu se placer à côté du Laurier pour effectuer un plein planifié et remplir les réserves d'eau potable. Ce fut agréable de pouvoir discuter avec nos collègues du Bergmann et son capitaine, Dave McIsaac, avant qu'ils retournent vers la zone de recherche sud où l'équipe formée de membres de Parcs Canada, de la Marine royale du Canada et de l'Arctic Research Foundation fait une percée importante pour ce qui est des sondages par balayage latéral. J'ai pris un café avec le capitaine McIsaac, qui est également un pêcheur commercial de la côte est. Échanger des histoires avec ce capitaine expérimenté de Terre-Neuve-et-Labrador a été une merveilleuse façon de commencer la journée.

Ensuite, nous avons mis le cap vers l'île Jenny Lind à l'extrémité sud du détroit de Victoria, où nous avons rencontré nos partenaires à bord du One Ocean Voyager pour transférer la plateforme de plongée sous-marine Investigator de Parcs Canada et le véhicule téléguidé. Il s'agissait d'une opération délicate puisque le Laurier, qui fait 83 mètres, devait s'approcher lentement du côté tribord du Voyager, un navire de 117 mètres. Je savais d'ores et déjà que ce navire allait mettre à l'épreuve la portée de notre grue, et l'emplacement de l'Investigator sur son pont arrière faisait en sorte que nous ne pouvions approcher par le côté tribord de notre navire, qui est encombré par la structure en A pour les travaux scientifiques et par les vedettes hydrographiques. Nous avons organisé le levage à l'avance à l'aide du logiciel de stabilité Autoload afin de vérifier la hauteur et la portée de notre grue, puis nous nous sommes préparés à passer à l'action.

Nous avons installé seulement une garde montante ainsi que plusieurs défenses. Nous sommes ensuite parvenus à nous maintenir à poste avec l'aide des membres de l'équipage sur le pont. Le maître d'équipage Rhett Miller et le treuilliste Cory Glencross ont coordonné la manœuvre délicate consistant à soulever l'Investigator de l'arrière du Voyager et à le transférer sur un berceau du côté bâbord du Laurier au moyen de la grue. Mon second et moi nous trouvions sur la passerelle afin de maintenir la position du navire et d'assurer le transfert sécuritaire de la cargaison. J'étais très fier d'être témoin de l'expertise de notre équipage, qui s'est adapté efficacement tout au long de la manœuvre, en particulier compte tenu des contraintes d'espace, de la portée de la grue et du fait que le transbordement s'effectuait entre deux navires dans l'Arctique. Je suis sûr que les nombreux photographes et l'équipe de tournage qui ont capté ce moment étaient tout aussi impressionnés.

Le pont du coffre est maintenant plein. On y trouve bien serrés les deux vedettes hydrographiques, qui font sept mètres chacune, du Service hydrographique du Canada, soit le Gannet et le Kinglett, ainsi que l'Investigator, d'une longueur de dix mètres, de Parcs Canada. Il ne faut pas oublier les jouets qui se trouvent dans la cale, c'est-à-dire notre propre véhicule sous-marin téléguidé ainsi que le véhicule sous-marin autonome et le véhicule téléguidé que Parcs Canada a apportés. La phase de planification est maintenant officiellement terminée. Les seules contraintes qui demeurent sont le nombre de membres d'équipage disponibles pour faire fonctionner l'équipement, les conditions météorologiques et, comme toujours, la glace.

Toute la cargaison ayant été transférée, je croyais que la journée était complète. Or, vers 20 h 30 (heure locale), nous avons dû mettre le cap vers le sud-est pour prodiguer des conseils à un porte-conteneurs et lui servir d'escorte dans les glaces du secteur. Le déglaçage se poursuivra jusque tard dans la nuit, et une fois que nous aurons terminé, nous devrons revenir à notre point de départ à l'entrée sud du détroit de Victoria pour reprendre notre rôle dans le cadre de l'Expédition du détroit de Victoria. Ce sera le moment de mettre à l'essai tous nos jouets afin de retrouver ces navires. Je crois que j'ai la fièvre de Franklin.

Le 1er septembre 2014, 23 h (HNR) :

Les conditions clémentes permettent au Laurier de réaliser plusieurs activités 
Capitaine Bill Noon

Les vents légers ainsi que les eaux libres et relativement calmes étaient des conditions idéales pour mettre à l'eau ou en place tout l'équipement et réaliser plusieurs objectifs simultanément. La zone de recherche nord demeure toutefois difficile pour les travaux avec les embarcations. La patience est de mise à ces latitudes. Nous profiterons donc au maximum des occasions où la glace et la météo nous permettent de travailler. Nous effectuons des recherches dans la zone sud, où nous nous trouvons actuellement, depuis 2008, et elle demeure une zone d'intérêt. Nous continuerons donc à explorer davantage ce secteur.

Immédiatement après le déjeuner, l'Investigator de Parcs Canada et son véhicule sous-marin autonome ont été mis à l'eau à l'approche de l'île O'Reilly, suivis du Gannet et du Kinglett du Service hydrographique du Canada, qui ont été mis à l'eau près de leurs zones de levés. Très tôt le matin, l'équipe de l'hydrographe en chef Scott Youngblut avait déjà activé le multifaisceau sur le Laurier. Les hydrographes Arthur Wickens et Ryan Battista ont donc été très occupés toute la journée à analyser les données presque en temps réel.

Nos archéologues terrestres avaient également hâte de se mettre au travail aujourd'hui. Ils ont pu prendre place sur les sièges supplémentaires de l'hélicoptère avec Scott Youngblut pour se rendre sur l'une des îles innommées de la zone sud. En plus des travaux continus liés au multifaisceau, les hydrographes mettent fréquemment en place des stations GPS sur la berge. Cette tâche est essentielle pour assurer l'exactitude de l'emplacement de leurs levés. Pendant que Scott installait une station GPS, les archéologues Douglas Stenton et Robert Park ont effectué des études archéologiques, repéré plusieurs cercles de tentes d'Inuits et cartographié des sites à l'aide du lidar terrestre. Le pilote est resté avec eux, à l'affût de prédateurs affamés. Heureusement, seul un caribou curieux s'est approché. La possibilité de mettre en commun les ressources et l'équipement des divers organismes à bord constitue un élément fondamental de cette expédition.

Le 2 septembre 2014, 22 h 40 (HNR) :

La coopération de dame nature permet à l'équipage du Laurier d'abattre beaucoup de travail au cours de l'Expédition du détroit de Victoria
Capitaine Bill Noon

Nous profitons d'une autre belle journée dans la zone de recherche sud. Les bulletins météorologiques d'Environnement Canada étant en notre faveur, nous en avons encore une fois profité pour déployer tout l'équipement et poursuivre les levés. Les membres du Service hydrographique du Canada et de Parcs Canada ainsi que les archéologues terrestres ont tous réalisé des progrès aujourd'hui.

Lors du bilan de soirée quotidien avec nos navires partenaires, j'ai été très heureux d'apprendre que l'équipe de Recherche et développement pour la défense Canada à bord du One Ocean Voyager avait effectué ce matin des essais de l'Arctic Explorer en mer qui se sont très bien déroulés. L'Arctic Explorer est un véhicule sous-marin autonome doté d'un système sonar à la fine pointe de la technologie. Cet outil ne fait pas seulement de la recherche; il démontre la capacité d'innovation et d'ingénierie du Canada. Avant mon arrivée sur le Laurier, j'ai travaillé sur plusieurs navires de recherche de la Garde côtière, mais je n'avais jamais eu la chance de travailler avec des véhicules sous-marins autonomes. Je suis curieux de savoir quelle est l'efficacité de cette nouvelle technologie par rapport aux méthodes de balayage conventionnelles.

Pour ce qui est de nos collègues, le Voyager se fraie peu à peu un passage vers le nord à travers de la glace pourrie afin d'atteindre sa zone de recherche privilégiée. L'équipage est très optimiste quant à l'amélioration des conditions. Le Martin Bergmann est demeuré plus près de nous au sud et il continue de faire des progrès remarquables dans le cadre de ses activités de balayage latéral. 
Dans notre cas, étant donné que les conditions sont clémentes et que tous les systèmes sont en fonction, même les opérations de routine nous tiennent très occupés. Notre groupe a encore 11 jours de travail devant lui, la chasse continue donc.

Le 3 septembre 2014, 21 h 30 (HNR) :

Tout va pour le mieux : Les excellentes conditions météo nous tiennent occupés
Capitaine Bill Noon

Nous avons bénéficié de belles conditions météorologiques (vents faibles, temps doux, ciel dégagé et eaux paisibles) tout au long de la journée dans la zone de recherche. Nous avons pu mettre tout notre équipement à l'eau et sur terre jusqu'au début de la soirée afin d'en faire le plus possible dans ce secteur. Ce soir, leLaurier entamera le retour vers le détroit d'Alexandra, puis nous nous dirigerons vers le nord demain. Le One Ocean Voyager se trouve déjà dans la zone de recherche nord et explore activement le secteur près du lieu d'abandon, où les membres d'équipage espèrent mettre à l'eau l'Arctic Explorer de Recherche et développement pour la défense Canada. Ils commenceront à chercher les navires de Franklin dès que les eaux seront suffisamment libres.

Imaginez un instant ce que les hommes à bord des navires de la Marine royale ont dû vivre pendant les deux années qu'ils ont passées à attendre que la glace se libère avant de prendre la décision finale de partir à pied vers le sud. Les épreuves qu'ils ont dû subir dépassent l'entendement.

Le 16 septembre 2014, 22 h 15 (HNR) :

Revivre la découverte : Fil des événements sur le Sir Wilfrid Laurier en marge des découvertes liées aux navires de Franklin
Capitaine Bill Noon

Chaque année au cours de cette mission, nous avons eu une discussion avec l'équipage et les partenaires à bord afin de déterminer ce que nous ferions si nous trouvions quelque chose. Tout ce que je peux dire, c'est faites attention à ce vous souhaitez. Le moment venu, tout s'est déroulé très vite et nous avons été complètement dépassés par les événements. Plusieurs engagements personnels, y compris mon journal, ont été mis de côté temporairement alors que nous tentions de nous adapter aux objectifs qui changeaient à tout instant.

La journée du 1er septembre a commencé comme d'habitude, c'est-à-dire par une réunion matinale à 7 h pour établir le plan de la journée. Comme le brouillard, les vents et les autres conditions sont imprévisibles ici, il est souvent inutile de tenter de planifier la journée la veille. C'était une excellente journée pour utiliser l'hélicoptère, Scott Youngblut du Service hydrographique du Canada est donc monté à bord afin se rendre sur la berge pour installer une station de référence GPS. Les archéologues du Nunavut Douglas Stenton et Robert Park ont profité de l'occasion de prendre place sur les sièges supplémentaires de l'hélicoptère aux côtés de Scott afin de se rendre à terre. L'œil vif du pilote Andrew Stirling et son intérêt naissant pour l'archéologie donnaient le coup d'envoi à notre grande aventure.

Je me rappelle très bien le petit sourire de Douglas et de Robert lorsqu'ils ont débarqué de l'hélicoptère à leur retour sur le navire. Comme à l'habitude, je suis allé les accueillir sur le pont d'envol juste au cas où ils auraient découvert quelque chose. Douglas a murmuré : « J'ai quelque chose de génial à te montrer ». Je n'ai rien vu sur le coup, car ses trouvailles étaient cachées dans l'hélicoptère. Dans la demi-heure qui a suivi, il a récupéré les objets et les a apportés sur la passerelle, où ils ont causé un émoi immédiat.

Douglas m'a montré la ferrure en premier. Puis, j'ai vu les larges phéons. J'ai immédiatement su qu'il s'agissait d'une découverte d'importance. En raison de mon expérience des bateaux traditionnels, j'ai eu l'occasion de voir de nombreuses coques de voiliers en bois au cours de ma vie et je me suis tout de suite demandé de quelle pièce il s'agissait. Je me suis précipité vers ma cabine pour consulter les plans du Terror et de l'Erebus dans le but de l'identifier. Au même moment, Jonathan Moore de Parcs Canada faisait de même et il a pu l'identifier quelques minutes avant moi (ce sont vraiment des personnes de talent!). Il s'agissait d'une ferrure provenant de la base d'un porte-manteau. Même si je suis un amateur, il était évident que cet objet était authentique. Quelle découverte extraordinaire pour le gouvernement du Nunavut!

Comme toujours, nous avons suivi le plan qui avait été préparé pour ce type de découverte. Le premier communiqué commun a été publié par le gouvernement du Nunavut et le gouvernement fédéral le 8 septembre. Il décrivait les principaux détails des indices trouvés à terre.

La prochaine grande nouvelle est venue plus tard, après que l'équipe de Parcs Canada s'est mise au travail dans la foulée des indices probants découverts par l'équipe d'archéologues du Nunavut. L'attention s'est rapidement tournée vers l'équipe de Parcs Canada à bord de l'Investigator (nommé ainsi en l'honneur du navire du capitaine Robert McClure qui a également été envoyé pour résoudre ce mystère, mais qui a été abandonné en 1853 dans la baie Mercy).

Les archéologues de Parcs Canada m'ont d'abord caché leur découverte. Puis, un soir, ils sont venus dans ma cabine et ont fermé la porte derrière moi. Il ne faut pas connaître beaucoup le milieu de la navigation pour savoir que c'est tout à fait inhabituel. Je ne savais pas ce qui était arrivé et je craignais le pire. Après m'être assis tout près de ma bibliothèque remplie de livres sur l'histoire navale, ils m'ont révélé leur incroyable secret. Ils avaient trouvé l'un des navires! Ils m'ont montré l'enregistrement obtenu par sonar à balayage latéral. J'avais l'impression de voir le navire en direct.

J'étais sous le choc. J'ai eu besoin de quelques minutes pour réaliser ce qui se passait, mais après les pleurs et les accolades, nous avons repris notre mission, car c'est ce à quoi nous excellons après des années à la recherche de ces navires. Nous disposions d'un plan de contingence clair que nous avons mis en application pour guider les prochaines étapes. Après avoir isolé le navire du reste du monde et informé l'équipage de la situation, nous nous sommes mis au travail dans le but de confirmer la découverte au moyen du véhicule sous-marin autonome de Parcs Canada. Les vents violents ont failli nous arrêter, mais nous avons retroussé nos manches et les archéologues sous-marins ont pu recueillir la preuve visuelle dont ils avaient besoin. Nous en avons assurément trouvé un! Nous ne savons juste pas lequel.

Le 9 septembre, le premier ministre a fait une déclaration officielle pour révéler avec fierté notre secret bien gardé à la population canadienne et au monde entier. Une séance d'information technique a ensuite permis d'expliquer les dessous de l'histoire au monde entier.

Cette histoire nous transcende tous, et toute tentative en vue de la décrire dans mon journal ne rendrait pas justice à ceux qui y ont consacré tant d'efforts pendant de nombreuses années. Ce fut un grand honneur d'avoir fait partie de cette expédition et de ce groupe extraordinaire, dont plusieurs membres se sont consacrés corps et âme à ce projet pendant des années et ont dû faire face à de nombreux obstacles et à bien des critiques en cours de route.

L'un des plus grands honneurs qui m'a été donné de recevoir est survenu le 10 septembre. J'ai été invité à m'adresser au conseil de Gjoa Haven ainsi qu'à la ministre fédérale de l'Environnement, l'honorable Leona Aglukkaq, au premier ministre du Nunavut, l'honorable Peter Taptuna, au ministre des Finances du Nunavut, l'honorable Keith Peterson et au maire de Gjoa Haven, M. Allen Aglukkaq. Après cette rencontre, le hameau a tenu un festin communautaire et organisé une authentique célébration nordique qui comprenait des discours, des chants et une danse du tambour.

Au cours de la célébration, j'ai réalisé que cet honneur revenait véritablement aux Inuits. Au fil des ans, j'ai lu de nombreux récits relatant leur histoire orale et j'ai eu le privilège de discuter avec un grand nombre de résidents de Gjoa Haven. Le mérite revient en bonne partie à Louie Kamookak, un historien local très respecté qui s'intéresse à Franklin. Les récits des Inuits se sont ainsi avérés justes.

Depuis le lancement de ce projet, qui a véritablement commencé en 2008 à une époque où nous devions faire nos propres cartes juste pour nous rendre dans cette région, les connaissances spécialisées, les talents et les compétences des personnes à bord ont été partagés librement. Avec du recul, je constate que cette façon de procéder a permis aux pilotes de devenir des archéologues, aux hydrographes de devenir des historiens, aux marins professionnels de devenir des hydrographes ainsi qu'aux archéologues et aux capitaines de devenir des diplomates. Tous à bord ont également pu prendre conscience de l'importance du savoir traditionnel des Inuits.

Enfin, j'aimerais saluer Lady Franklin pour avoir été à l'origine d'un bon nombre des expéditions de recherche précédentes et pour nous avoir laissé un héritage à perpétuer. Je suis si heureux d'avoir pu y contribuer.

Le 17 septembre 2014, 23 h (HNR) :

Compte rendu d'une journée bien remplie consacrée à l'archéologie sous-marine et aux travaux connexes
Capitaine Bill Noon

La journée d'aujourd'hui était consacrée aux activités de plongée et il n'y avait pas une seconde à perdre. Étant donné que l'état des vents et de la mer s'était amélioré au cours de la nuit et que nous avions si peu de temps devant nous, j'ai réveillé l'équipage dès les premières lueurs du jour afin de mettre le cap vers le site de recherche avant 7 h.

Comme l'équipe de Parcs Canada avait passé les derniers jours à préparer son équipement de plongée et à mettre la dernière main à ses plans de plongée et de sécurité, elle était prête à explorer et à filmer l'épave aussi longtemps que les réserves d'air le permettraient. Notre canot pneumatique à coque rigide était prêt à apporter des bouteilles remplies d'air comprimé tout au long de la journée afin de ne pas ralentir les travaux de l'équipe.

Entre les plongées, le Service hydrographique du Canada utilisait un sonar multifaisceau pour sonder l'épave de tous les angles afin de générer une image 3D haute résolution. Cette technologie, en plus du sonar à balayage latéral de Parcs Canada, ajoute une toute nouvelle dimension à l'analyse, car le multifaisceau peut pénétrer la végétation pour obtenir une image plus claire de la structure de l'épave. Les données du sonar multifaisceau seront utilisées pour appuyer les analyses de Parcs Canada et seront superposées aux plans du navire pour repérer les caractéristiques et évaluer l'intégrité structurale.

Et, comme si cela ne suffisait pas, l'archéologue du Nunavut Douglas Stenton devait réaliser bien d'autres travaux d'exploration. En compagnie de l'hydrographe Arthur Wickens du Service hydrographique du Canada et du pilote Andrew Stirling, ils ont effectué d'autres études terrestres et cartographié des sites inuits ancestraux.

Le Martin Bergmann nous a également rendu visite ce matin. J'ai pu rencontrer les capitaines McIsaac et Chidley ainsi que leurs membres d'équipage expérimentés pendant que nous remplissions leurs réserves d'eau et de carburant. Nous avons discuté des stratégies de sortie pour éviter la glace et tirer parti des vents favorables en route vers Cambridge Bay.

Les activités de plongée et les levés hydrographiques ont pris fin tard en soirée. Après avoir ramené les derniers invités au Bergmann en canot pneumatique, les membres d'équipage étaient épuisés. Ils avaient besoin d'une bonne nuit de sommeil. Nous disposons de moins d'une journée pour terminer les opérations avant de mettre le cap sur Gjoa Haven. La logistique, la glace et la météo jouent contre nous.

Le 18 septembre 2014, 20 h 30 (HNR) :

L'Expédition du détroit de Victoria 2014 tire à sa fin : Plus qu'une journée de plongée et de recherche avant que les navires mettent le cap vers le sud
Capitaine Bill Noon

Aujourd'hui était notre dernier jour d'activités, et cette fois, l'échéance ne pouvait être reportée. Nous devions mettre le cap sur Gjoa Haven à 15 h. Demain matin, nous devons aller à la rencontre du MS Avataq, un navire commercial qui transportera l'Investigator vers le sud. Le moment choisi pour le transport de marchandises dans l'Arctique est critique. Cette année, la glace correspond aux régimes habituels auxquels nous avons dû faire face il y a quelques années, et nous devons être très vigilants. Au cours des dernières années, cette région a été relativement libre de glace, mais cette année, la glace est précoce.

Notre équipage a travaillé fort dans le dernier mois, et comme il ne reste qu'une journée de travail, il est plus important que jamais que je rappelle à tous les impératifs de sécurité. Ce n'est pas le moment de nous laisser emporter par l'excitation.

L'Investigator a été mis à l'eau dès la fin de la réunion matinale, et les dernières plongées de l'équipe sous-marine de Parcs Canada se sont terminées en mi-journée. Les vedettes Gannet et Kinglett du Service hydrographique du Canada ont également terminé le balayage multifaisceau du navire, et je dois admettre que les données brutes en 3D sont très impressionnantes. Je suis impatient de voir le résultat à l'issue de leur post-traitement.

L'hélicoptère piloté par Andrew Stirling était également en fonction aujourd'hui. L'hydrographe en chef Scott Youngblut est monté à bord pour aller démonter une station GPS qu'il avait installée précédemment. L'archéologue Douglas Stenton s'est également joint à eux pour aller effectuer d'autres études terrestres. J'éprouvais une certaine nervosité à les laisser partir ensemble une autre fois, car la dernière fois que cela s'est produit, ils ont causé tout un émoi.

Au retour des vedettes, j'ai demandé qu'on prenne une photo de la petite flottille du Sir Wilfrid Laurier depuis l'hélicoptère. Une fois la photo prise, nous avons remonté les embarcations à bord, puis nous sommes partis. J'étais partagé au moment de mettre un terme à la mission. J'ai soupesé certaines clés de notre succès. Tout notre équipement, notamment l'hélicoptère, les vedettes hydrographiques, le véhicule sous-marin autonome et le véhicule téléguidé, a fonctionné efficacement sans aucune panne, ce qui témoigne de l'expertise de nos ingénieurs et techniciens. De plus, nous n'avons eu ni accident ni blessure, un gage du professionnalisme de notre équipage. Nous avons suivi nos plans à la lettre, tant à court terme qu'à long terme, et les avons mis de côté lorsque la glace nous y forçait. Mon équipage a été fantastique. On ne peut rêver d'un meilleur équipage. Demain, après avoir transbordé l'Investigator sur l'Avataq, nous mettrons le cap sur Cambridge Bay afin de transférer le Gannet et le Kinglett sur un autre brise-glace de la Garde côtière canadienne, le NGCC Terry Fox, qui les transportera au sud jusqu'à Terre-Neuve-et-Labrador.

Chaque année depuis 2008, les recherches représentent un défi logistique et environnemental à tout instant, en particulier compte tenu de la courte période pendant laquelle la nature nous permet de faire des recherches. Quel rêve que de retrouver, sous ma gouverne, l'un des navires perdus! Merci à tous ceux qui nous ont aidés à prendre part à cette aventure. Je suivrai avec attention les travaux qui seront réalisés sur ce navire au cours des années à venir. Je souhaite plus que jamais découvrir quelles histoires il racontera ainsi que les mystères qu'il permettra d'éclaircir. De toute évidence, j'aurai besoin d'une bien plus grosse bibliothèque pour mes livres sur l'histoire navale.

Bon vent, bonne mer à tous.

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